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La culture des huitres commence en forêt

La culture des huitres est influencée par les forêts.

Par quel truchement la culture des huitres peut-elle bien commencer en forêt ?

 

Il s’agit en fait d'un phénomène révélé par les observations attentives de la part d’un ostréiculteur japonais, Shigeatsu Hatakeyama.

 

Ce dernier a mis en évidence des interactions inattendues entre les forêts et le développement des huitres. 


Pourquoi la culture des huitres est influencée par la forêt

La forêt de sologne
La forêt de Sologne entre Loire et Cher, autour du Beuvron (Crédit IGN)

C’est lors d’un voyage en France, en visitant différents parcs ostréicoles à Sète et Arcachon, puis en observant la vie grouillante dans l’estuaire de la Loire que Shigeatsu Hatakeyama fait un lien entre le développement de cette vie, et notamment celle des huitres, avec la forêt en France.

 

Il pense alors aux forêts avoisinantes des cours d’eau qui alimentent ces espaces de vie (La Leyre qui alimente le bassin d’Arcachon, la Loire vers son estuaire, et l’O-Gawa qui alimente la baie de Kesennuma). En se rappelant les déforestations d'après-guerre sur les montagnes sources de l’O-Gawa, il se demande s’il peut exister un lien entre ces déforestations et la baisse de la vie aquatique dans sa région. Il échangera ses idées avec différents scientifiques en France et au Japon, et le lien sera établi. Ce lien, ce sont les feuilles mortes.

 

Celles-ci, à l’automne, après leur chute au sol, entament leur décomposition qui génère de l’acide fulvique. Puis les produits de la décomposition pénètrent dans le sol et par la dynamique du cycle de l’eau atteignent les rivières, puis la mer ou l’océan, en passant par les baies qui accueillent les bassins ostréicoles….  L'eau embarque dans son écoulement l’acide fulvique issu de la décomposition. Celui-ci à pour particularité d’aider les planctons végétaux, aliments des huitres, à fixer le fer dont elles ont besoin pour leur croissance.  Pas de forêts de feuillus en amont des bassins, et les huitres sont moins belles, elles se portent moins bien. 

 

Shigeatsu Hatakeyama incitera des équipes de chercheurs de l'université de Hokkaïdo à venir étudier la vie aquatique de la baie de Kesennuma.

Le reboisement des montagnes de Kesennuma

La baie de Kesennuma, ou vit Shigeatsu Hatakeyama.
Baie de Kesennuma, Satoh Junpei, CC BY-SA 3.0

Shigeatsu Hatekayama prend l'initiative de développer une association pour reboiser les versants des montagnes autour de l’O-Gawa.

Il a cherché  à faire en sorte que l’eau de la rivière apporte vers sa baie les produits organiques de la forêt dont la culture des huitres a besoin.

 

Ces sont toutes les forces vives de la région qu'il entraine dans son projet : ostréiculteurs et pêcheurs bien sur, mais aussi forestiers, fermiers et les élèves des écoles, collèges et lycées... Et ces efforts seront payants. Ce travail lui a aussi valu de recevoir le prix « héros de la forêt » décerné par l’ONU en 2012. 

Qui est Shigeatsu Hatakeyama?

Shigeatsu Hatakeyama a écrit la forêt amante de la mer.
Shigeatsu Hatakeyama dans sa ferme

Shigeatsu Hatakeyama est un ostréiculteur de la région du Tohoku (région du nord de l’Ile principale Honshu), et plus précisément de la baie de Kesennuma. C’est une région sur la côte de l’Océan Pacifique, un peu au nord de Fukushima, région malheureusement devenue célèbre après les séisme et tsunami de mars 2011.

 

La baie de Kesennuma sera aussi très affectée par le tsumani de 2011. Les parcs de Shigeatsu Hatakeyama seront détruits et il devra reconstruire... Il n'y a pas de découragement au Japon. On sait que la nature peut être dure, très dure, et l'idée d'avoir à reconstruire fait partie de l'état d'esprit. 

 

Il est issu d’une famille de pêcheurs et passe sa jeunesse à apprendre le métier lorsqu’il rentre de l’école. Né en 1943, il vit les derniers moments d’une pêche traditionnelle qui se modernise rapidement. Mais les techniques utilisées à cette époque, les matériels, leur construction, proviennent des méthodes expérimentées depuis des générations de pêcheurs et ont renforcé leurs liens avec la nature. Puis viennent les années 60, ère de l'industrialisation à marche forcée au Japon qui engendrera des désastres écologiques. Les normes environnementales sont alors peu développées et les rejets importants de produits polluants dans la nature vont fortement la dégrader.

 

Shigeatsu Hatakeyama prolonge l’activité familiale en devenant ostréiculteur à son tour et développe la culture des huitres. Il voit alors certaines espèces disparaitre de la baie de Kesennuma. Il cherche à comprendre ces phénomènes, fait le lien avec les rejets industriels et engage un combat pour le respect de la nature.  Il cherchera aussi l’appui des scientifiques des universités de la région pour mieux comprendre causes et effets. 

 

Tout en prenant soin de ses parcs à huitres il agira ensuite pour la sauvegarde de l’environnement dans sa région au Japon. Il mènera notamment, par des actions associatives qu'il crée, le reboisement des montagnes autour de la baie de Kesennuma. 

 

Il a écrit plusieurs livres, dont "la forêt amante de la mer", traduit en français, et publié chez les éditions Wild projet.  

Vies marine et terrestre liées par le cycle de l'eau

Cette interaction extraordinaire entre l’arbre et la culture des huitres nous montre à quel point les équilibres naturels qui entretiennent la vie sur terre sont nombreux et souvent inattendus. Et lorsque, en croyant faire œuvre de modernité, l’action de l’homme vient perturber ces équilibres, c’est notre vie même qui peut être affectée de façon adverse. 

 

L'intuition et le travail de Shigeatsu Hatakeyama ont apporté une très belle pierre à la compréhension de nos écosystèmes. Nous pouvons aussi nous emparer de ces nouveaux savoirs pour agir en nous appuyant sur les nombreux bénéfices qu'apportent les forêts.

 

Ces forêts sont de formidables armes de protection massive contre le changement climatique et la perte de biodiversité : il ne tient qu'à nous de les reconstruire.   


Cet article sur la culture des huitres a été rédigé par Frédéric Durdux. Merci à Karine, qui a permis cette rencontre avec Shigeatsu Hatakeyama. Crédits photos PIXABAY